Article mis à jour le 29 mai 2020 : la conférence de Louise Debout a lieu le 4 juin 2020, cf. fin de l’article pour les inscriptions.

Dans le cadre de son projet de fin d’études, Louise Debout, en dernière année du double cursus d’ingénieur en génie civil et d’architecte, s’intéresse à un matériau de construction modeste mais très prometteur : le roseau. Écologique, local, renouvelable et isolant, il se prête à merveille à la rénovation du bâti ancien.

Propos recueillis par Stéphanie Robert

 Vous réalisez votre projet de fin d’études d’ingénieur en génie civil au Parc Naturel des Vosges du Nord sur le thème du roseau dans la construction (1). Pourquoi vous intéressez-vous à ce matériau ?

Je cherchais à lier mon projet de fin d’études d’ingénieur et celui d’architecte – que j’enchaîne en dernière année – autour d’un matériau durable. Au cours de recherches sur ma région d’origine, le Cotentin, j’ai découvert le roseau, ça m’a intriguée. J’ai ensuite contacté Katharina Brockstedt, d’Envirobat Grand Est [2], qui m’a appris que le Parc naturel régional des Vosges du Nord cherchait à valoriser les roseaux comme ressource.

Pourquoi le roseau est-il intéressant pour l’écoconstruction ?

C’est un matériau local, durable, renouvelable et isolant. Il présente plusieurs avantages. Sur le plan écologique, sa récolte assure l’entretien et la préservation des roselières. Un écosystème fragile, caractérisé par une biodiversité particulière, qui assainit l’eau et stabilise les berges. Dans les Vosges du Nord, il s’agit surtout du roseau commun, Phragmites Australis.

Le roseau a des propriétés isolantes comparables à celles du chanvre, il est perméable à la vapeur d’eau, il est particulièrement adapté à la rénovation du bâti ancien.

Il est qualifié de nouveau matériau car la filière est à développer, pourtant il était jadis utilisé ?

Oui, en Alsace, on utilisait traditionnellement des nattes de roseaux comme support d’enduit pour les murs et les sous-pentes, et comme coffrage pour les planchers. On peut en voir les traces dans certains bâtiments anciens.

En quoi consiste votre projet de fin d’études ?

L’objectif est de publier un guide sur la construction et l’éco-rénovation en roseau et de déterminer quelles sont les utilisations les plus pertinentes à valoriser pour le Parc.

J’ai donc commencé par dresser un état de l’art en recensant les différentes utilisations possibles, les expériences locales, et en m’appuyant sur les études de cas, notamment celles de Batilibre[3].

J’ai aussi proposé différentes compositions adaptées à l’isolation des murs en éco-rénovation, que j’ai testées sur un logiciel de calcul thermique avec les données techniques disponibles actuellement.

Qu’avez-vous appris au cours de votre étude ?

Les utilisations les plus faciles à développer dans les Vosges du Nord sont le béton de roseaux, avec de la chaux, pour l’isolation des parois, et en vrac, à déverser ou à souffler. Le roseau peut aussi être utilisé en paillis pour le jardin. L’utilisation en nattes est ici peu adaptée, pas assez rentable.

De plus, l’extraction des roseaux en hiver reste assez difficile. Pour faciliter le transport, ils pourraient par exemple être broyés sur place. Nous réfléchissons à de telles pistes, avec nos partenaires : artisans, architectes, syndicat des eaux, entreprise d’insertion…

Un réseau est donc en train de se constituer autour de cette question ?

Nous essayons de développer une filière locale des roseaux pour l’écorénovation, nous en sommes au début. Une cartographie plus fine des roselières est à réaliser pour mieux quantifier la ressource. Des architectes suivent nos travaux, une doctorante à Lorient étudie les propriétés du béton réalisé avec nos roseaux.

Les matériaux biosourcés permettent de fédérer de nombreux acteurs à l’échelle locale. Leur mise en œuvre demande un effort de recherche et développement pour mieux connaître les qualités des matériaux, les modes de transformation et les techniques de pose.

Le double cursus en architecture et ingénierie est-il un plus pour mener votre étude ?

Il a guidé mon choix, j’ai choisi l’approche matériau durable, pour pouvoir l’étudier d’une manière technique et scientifique, et explorer sa mise en œuvre en architecture. C’est ce que je vais essayer de faire dans mon projet de fin d’études en architecture.

Le double cursus apporte une ouverture d’esprit très intéressante pour les entreprises. Architectes et ingénieurs ont deux approches différentes de la construction. Avec nos stages, nous vivons les deux. Nous arrivons à mieux comprendre les différents acteurs de la construction pour mieux travailler ensemble.

Quels sont vos projets après votre double diplôme ?

J’aimerais travailler à l’étranger pour voir la manière dont on construit ailleurs. Certains pays semblent plus impliqués dans l’utilisation des matériaux biosourcés dans la construction, et j’aimerais continuer à me spécialiser dans ce domaine. Par ailleurs, j’aime particulièrement la phase chantier du métier d’ingénieur et d’architecte : on apprend beaucoup au contact des artisans. J’aimerai continuer à développer cet aspect dès le début de ma vie professionnelle.

La conférence  Le roseau dans la construction par Louise Debout et Batilibre aura lieu le jeudi 4 juin à 14h, en ligne (inscription obligatoire).

 

[1] Projet de fin d’études en génie civil, encadré par  Pr Françoise Feugeas

[2]    Réseau professionnel pour le bâtiment et l’aménagement durable dans le Grand Est. Le centre de Strasbourg est hébergé à l’INSA Strasbourg (anciennement Energievie.pro). Il est une ressource aussi pour les étudiants en quête d’informations ou de réseaux sur ces thématiques.

[3] Entreprise de rénovation et construction écologique

En savoir plus sur le double diplôme architecte et ingénieur

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